l’histoire de Binche plage

mardi 4 septembre 2012
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Dès le 8 juillet 1936, apparaissent en Belgique les congés payés et avec eux les premiers centres de délassement pour la classe ouvrière. Ce sera peu avant cette période que Paul Hoyaux bâtira sa « Station Balnéaire » au cœur du Hainaut.

D’un bosquet jaillira une plage artificielle, composée d’une piscine en plein air en guise de mer, d’un grand bac à sable façon plage servant de solarium (qui deviendra une pelouse avant d’être bétonné) et même une construction qui sera le décor d’un pont de paquebot transatlantique où quelques serveurs apporteront divers rafraîchissements aux estivants déshydratés.

Mais il faut que le plaisancier, une fois sur place, ne quitte le large que pour aller se coucher. Voulant retenir ces badauds le plus longtemps possible et leur offrir un maximum de divertissement, Paul y ajoutera un jeu de bouloir, pour les hommes qui auront envie d’étaler leurs habilités et pour les enfants : des balançoires, des toboggans et un tourniquet. Tout ça en plus de la pataugeoire à coté de laquelle se dressera une friterie pour les estomacs affamés. Ce qui garantira qu’ils reviendront les dimanches suivants ou les autres jours.

Ce n’est pas tout, ce coin sera aussi celui de la séduction et de la danse, où les jeunes tourtereaux pourront se rencontrer et les couples mariés, se tenir dans les bras l’un de l’autre au son des orchestres qui animeront les bals du dimanche.

On pourra même se dégourdir les jambes dans un lopin de verdure dominant le site.

L’affaire sera un immense succès et s’appellera tout naturellement « Binche Plage ». Elle sera telle que Paul l’avait prévu ; Les danseurs ou mélomanes devaient être patients, dans ces longues files, pour profiter de certains orchestres en vogue à l’époque, passant un par un à la caisse, au travers d’une entrée réduite taillée dans les grandes portes.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Binche occupée conservera son centre de délassement et beaucoup diront : « Heureusement qu’il nous restait Binche Plage pour nous divertir !  ».
Les terres du haut de la butte serviront de « coins jardins », nourrissant quelques familles qui, à tour de rôle, assumeront depuis une roulotte, leurs tours de garde afin d’éviter d’être dévalisées de leurs maigres récoltes.

A la libération, Binche Plage retrouvera son public heureux de fêter la défaite de l’ennemi, le succès persistera.

Les années soixante approchent, mais son créateur n’a plus le cœur aussi solide que l’édifice qu’il a bâti, il se voit contraint de céder l’entreprise à son brasseur (livreur de bière), François Risselin. Ce dernier vient de lui faire une offre, car il sait ; au nombre de bacs de bière, de bouteilles de limonade, d’eaux et autres boissons, englouti par Binche Plage, que c’est une affaire en or. D’autant plus, sa fille se montre capable de performances remarquables en natation, il lui faudrait une piscine pour l’entrainer et faire ses dix kilomètres de nage par jour. Christiane, la fille de François, remportera d’ailleurs de nombreux titres prestigieux, dont celui de championne de Belgique en 1961.

Paul Hoyaux succombera en 1965, alors que François Risselin aura transformé une partie des lieux. Il conservera presque à l’identique le monument de Paul Hoyaux, en convertissant le petit lopin de terre qui surplombait le site en camping. Il creusera, à coté de Binche Plage, un étang de pêche.

L’entreprise reste toujours aussi florissante. On raconte que les recettes étaient si importantes, qu’il fallait étendre des draps pour y déposer l’argent récolté et en faire des ballots [1].

Du début des années soixante à la moitié des années septante (soixante-dix), Binche-Plage accueillera des centaines et des centaines de visiteurs, plus de mille Gueuzes bouchonnées de 75cl y seront vendues les jours d’affluence [2] et il faudra parfois attendre jusqu’à 45 minutes pour être servi.

Les conditions climatiques se dégraderont, les mois ensoleillés se feront de plus en plus rares et les étés de plus en plus capricieux. Au point que les frais d’entretien deviendront insupportables et un malheur ne venant jamais seul, les services d’hygiène imposeront d’utiliser de l’eau de ville pour remplir les 600 mètres cubes du bassin, ainsi que l’utilisation de filtres appropriées.

Binche Plage deviendra difficile à gérer, le coût insupportable ! François pensera à plusieurs reprises de fermer le site, mais le soleil revenant parfois quelques années suivantes pour les encourager à continuer, ne perdurera pas.

Vers 1980 au lieu de fermer complètement le site et de se retirer, il décidera alors de reboucher les deux tiers du bassin. En effet, une directive stipule qu’à moins d’un mètre cinquante de profondeur, la présence de maître nageur n’est pas indispensable et la quantité d’eau à traiter, nettement inférieure.

Ce sont là de gros frais qu’il pensera épargner ; Il convertira ces deux tiers en terrain de pétanque, mais tous s’accorderont à dire qu’il venait de signer la fin de Binche Plage [3].

Petit à petit, le lieu sera déserté et seuls les nostalgiques resteront. Binche Plage sombrera peu à peu.

François décédera le 19 décembre 1986 et sa veuve revendra, l’année suivante, le terrain où étaient : la piscine, le bac à sable et la terrasse qui le longeait au propriétaire voisin. Il n’y aura donc plus d’espoir pour Binche Plage. Même si tout le mécanisme qui gérait la piscine avait été soigneusement conservé, rendant possible sa réouverture à tout moment. Mais là c’est le coup fatal, la marche arrière est à présent impossible, le Titanic vient de heurter l’iceberg.

Depuis le camping, malgré les aménagements apportés par le couple héritier, deviendra un lieu à la mauvaise réputation. Il fera l’objet de nombreuse plaintes et d’infraction au code de l’urbanisme. Son permis d’exploitation sera retiré en 2002, ensuite commenceront dès 2009 les nombreuses interventions de la Ville de Binche, dans un style qui rappellera celui de l’occupation allemande.

Décembre 2010, le dernier campeur s’en va, le camping est désormais la proie des ferrailleurs et autre vandales. Aujourd’hui, il n’en reste plus rien ! La nature y reprend ses droits.

Seule persistent l’étang et sa buvette, mais le site est en vente et il est fort à parier qu’il sera converti en logement. Il ne restera plus rien de Binche Plage, seul un arrêt de bus, en guise d’épitaphe, porte son nom. C’est tout ce qui reste de l’édifice de Paul Hoyaux : un arrêt de bus !

Références :
Cet article a été rédigé à partir des témoignages de : Josué Risselin, Olivier Codden, Pierre Vanderstichelen, de son épouse Jacqueline Hoyaux (la nièce de Paul Hoyaux) et de Pierre Navire.


[1Pierre Navire confirmera qu’il s’agit d’une rumeur

[2Ce qui ne représente qu’une partie des consommations, mais n’est ni confirmé, ni infirmé par Pierre Navire.

[3C’est en fait le contraire, voir l’article "De l’autre coté du miroir"


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